Le grand rêve de Finnelama

Nouvelle écrite par Mariam TEDEEVA, Kahina GUERBI, Margot GABRION et Lou AUCLAIR–BRUNIGER, élèves de 6ème du collège Voltaire de Besançon

 

En septembre 1974, le jour de la rentrée, à Pirus un tout petit village de Kalouriagot, les élèves de l’école primaire sont réunis autour de la maîtresse qui appelle un à un les nouveaux arrivants pour qu’ils se présentent devant la classe. C’est au tour d’une jeune fille de CE2 qui semble déterminée mais aussi un peu intimidée par ses nouveaux camarades.

 « Je m’appelle Finnélama et je viens de Côte d’Ivoire. Je voudrais être championne olympique du marathon,

– C’est bien de croire en ses rêves mais malheureusement certains ne peuvent pas se réaliser. »

 La sonnerie de la récréation retentit. Dans la cour un groupe de garçons se dirige vers la nouvelle et l’interpelle :

« Les filles ça ne sert à rien. Lorsque je serai élu président, toi tu m’admireras en t’occupant de tes enfants et du ménage, dit l’un.

 – Crois en des rêves qui pourront se réaliser au milieu des pleurs de tes enfants, ajoute un autre. »

 Un élève de CM1 nommé Yphon, entend ces propos et s’approche :

 « Qu’est-ce qu’elle vous a fait pour que vous lui disiez des méchancetés pareilles, s’exclame Yphon.

 – Qu’est-ce qu’il a le petit rondouillet ! dit le chef du gang.

 – Le pire c’est qu’elle espère gagner le marathon ! Déjà, elle ne pourra pas y participer car c’est une fille ! » se moque un jeune garçon aux cheveux bouclés.

Neuf ans plus tard, Finnélama se rend aux inscriptions des Jeux Olympiques (JO). Elle a pu s’entraîner chez elle en rentrant le soir du lycée. Elle est devenue douée dans son domaine, la course, et a toujours le même rêve de gagner le marathon des JO. A l’accueil, un homme à la carrure intimidante lui demande sèchement :

« C’est pour ton père ou ton frère ? »

Finnélama comprend alors qu’elle ne pourra pas participer au marathon l’an prochain.

Soudain, elle a une idée : s’inscrire au nom d’Yphon, puis pendant la course se déguiser en garçon.

« Je viens inscrire mon frère, il s’appelle Yphon Isabouda.

– J’aurais besoin de sa carte d’identité. Montrez-la-moi s’il vous plaît.

– Je ne l’ai pas sur moi. Désolée.

– Qu’il me l’apporte vendredi à 16h, lorsque nous testerons la rapidité de tous les candidats.

– D’accord. Je serai… enfin…il sera là. »

 

Sur le chemin du retour, Finnélama saute de joie. Quelques minutes avant d’arriver aux inscriptions elle venait de revoir son ami d’enfance Yphon qui l’avait plusieurs fois défendue lorsqu’elle se faisait embêter plus jeune. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de donner son nom. Elle est persuadée que c’est un signe du destin ! Ils se sont donné rendez-vous le soir même.

Le soir Finnélama retrouve son ami. Après de longues discussions, elle lui demande :

« Te souviens-tu de mon rêve lorsque j’étais petite ?

– Oui bien sûr, comment pourrais-je l’oublier ? !

– Je viens de m’inscrire aux Jeux Olympiques. Mais ils n’acceptent pas les femmes. Alors j’ai donné ton nom. »

Finnélama lui raconte en détails ce qui s’est passé. Yphon accepte immédiatement et la raccompagne. Elle rentre chez elle heureuse. Le jour du test, un peu anxieuse, elle met des vêtements d’homme pour ne pas se faire repérer. A l’entrée un type à l’allure froide lui dit :

« T’as pas l’air bien costaud toi ! Tu ferais bien de t’entraîner sérieusement si tu veux continuer à courir avec les pros que je vois à toutes les éditions des JO. »

Finnélama a un moment de doute : et si son déguisement n’était pas bien fait et qu’on découvrait sa véritable identité ?

Après s’être facilement qualifiée, elle aperçoit le monsieur vu à l’inscription. Elle lui tend la carte d’identité. Il la regarde et la lui rend sans remarquer les détails. Elle est extrêmement contente car elle vient de réussir la première étape de son rêve.

L’année précédant les JO, Finnélama se concentre uniquement sur ses entraînements intensifs, consacre tout son temps libre à la course. Yphon accompagne chaque jour Finnélama sur la piste d’athlétisme pour l’encourager.

Le jour J, Finnélama est très stressée mais a, au fond d’elle, une telle envie de revanche sur la vie qu’elle est surtout déterminée. En arrivant dans les vestiaires, elle est tout d’abord impressionnée par les hommes musclés qui se trouvent devant elle. Elle craint de ne pas s’être assez entraînée et que sa féminité ne soit découverte. Elle court aux toilettes pour se déguiser. Pendant l’échauffement, elle s’éloigne du groupe. Quand arrive le moment d’entrer sur la piste, elle oublie toutes ses peurs et fait un clin d’œil à Yphon, qui la regarde depuis les gradins. Elle ferme les yeux un instant en se remémorant sa jeunesse, les mots décourageants de sa maitresse et ceux insultants des garçons. Elle verse une larme, puis se rappelant pourquoi elle est là, se concentre pour réussir sa course.    

«  A vos marques ! Lance le starter.  

Finnélama sursaute, regarde une dernière fois Yphon, qui lui envoie un regard d’encouragement.

-Prêt ! Partez ! »

Les sept concurrents s’élancent, tout d’abord sur la piste, puis ensuite en dehors du grand stade. Au début Finnélama a du mal à suivre ses adversaires car son déguisement lui tient chaud. Au quinzième kilomètre, elle essaye d’accélérer le rythme pour ne pas prendre trop de retard. Elle est actuellement 6ème  lorsque le premier ravitaillement arrive. Quelqu’un lui conseille d’enlever un habit pour ne pas avoir de malaise.

Finnélama ne répond pas mais secoue seulement sa tête. Des photographes et des journalistes circulent pour diffuser la course dans plusieurs journaux. Après avoir repris des forces au ravitaillement, elle repart, déterminée. Elle est maintenant cinquième. L’actuel troisième de la course est contraint d’abandonner suite à une blessure à la cheville. Elle continue jusqu’au second ravitaillement sans trop de difficulté. Et là, elle prend une grande décision : elle va enlever l’un de ses pulls pour pouvoir courir plus rapidement. Il reste encore 16 kilomètres à parcourir. Elle est à bout de forces mais l’idée d’abandonner si près du but lui donne un frisson. En repartant, la jeune femme est maintenant troisième ! Elle alterne sans même le savoir entre la deuxième et la troisième place.

Les photographes continuent à prendre des photographies des coureurs, ce qui met Finnélama en danger. Le monde entier peut découvrir sa véritable identité ! Elle accélère pour semer les médias. Enfin, elle voit un panneau où il y a inscrit : ENCORE 3 KM ! Une joie immense envahit son corps : « Je vais réaliser mon rêve ! Je vais pouvoir montrer au monde entier qu’une femme peut elle aussi arriver à finir un marathon ! » Courant aussi vite qu’elle le peut, elle oublie sa douleur. Elle ne sait pas encore qu’elle est pour le moment 2ème. La ligne d’arrivée se profile, un adversaire la devance encore. Tout d’un coup le premier trébuche sur un caillou, puis tombe. Finnélama sprinte jusqu’au jeune homme, l’aide à se relever et l’accompagne. Il lui dit :

«  Maintenant franchis la ligne avant moi. Tu l’as bien mérité.

-Non, je ne peux pas, dit Finnélama.

-Alors, passons la ensemble ! »

Les spectateurs ne comprennent pas ce qui se passe. Tous retiennent leur souffle. Finnélama et le jeune homme passent au même moment la ligne d’arrivée. Un homme au micro crie :

« A la 3ème  place nous accueillons Edouard Alembert ! Bravo à lui !

– Bravo également à Yphon Isabouda et Jean Rouleau qui finissent à la première place à égalité !

Chaque concurrent déjà arrivé, retourne dans les vestiaires pour se changer. Bientôt ils annonceront la victoire de la jeune femme, depuis toute petite si ambitieuse. Parfois il faut croire en ses rêves même s’ils paraissent impossibles. Le moment des récompenses est arrivé.

Les deux champions montent sur la première marche du podium. C’est alors que la jeune fille enlève sa capuche et démontre au monde entier que les femmes peuvent courir aussi bien que les hommes. Il y a bien eu quelques grincheux pour contester, mais depuis, les femmes ont leur propre épreuve de marathon aux Jeux Olympiques, car les hommes ne voulaient pas prendre le risque de se faire battre par une femme.