Le renard, le singe et le vautour

Nouvelle écrite par Alexis Bassignot élève de 1ère au lycée Victor Hugo de Besançon

Un vautour, un beau matin d’été, décide de se dégourdir les ailes. Comme à son habitude, il se dirige vers le flanc de la falaise voisine, imposante par sa taille, désirant y découvrir son repas. En effet, étant incapable de chasser lui-même, en raison de la faible longueur de ses griffes et de la faiblesse musculaire de ses doigts, il est contraint de se nourrir de restes d’animaux. Il se met à la recherche de sa nourriture une fois arrivé au pied de la falaise. Après une multitude de recherches, désemparé, il découvre une carcasse de mouton encore fraîche. Le charognard l’observe attentivement. Illa trouve petite mais est soulagé de l’avoir découverte.Il se rapproche lentement, plante rapidement son bec et apprécie fortement la texture. Le goût de la tendre chair en décomposition lui semble succulent. Mais, soudainement, un renard, avec un sourire narquois l’interpelle : « Pourquoi ne faites-vous comme tout le monde ?Il y a tant d’animaux à chasser, pourquoi vous nourrissez vous de carasses ?Que vous êtes immonde, que vous êtes répugnant ! ». Sur ces mots, le renard prend la fuite. Le vautour, blessé, se remet en question, se met à douter, se dit que peut-être le renard à raison. Il se sent mal à l’aise. Écœuré par ce qu’il a fait, il décide de s’éloigner du cadavre.

Il se fait réveiller par une bourrasque d’animaux furieux, pendant son repos l’après-midi, certains hurlent : « Charognard, assassin ! ».Il est contraint de fuir, face à cette hostilité. A quelques dizaines de mètres de chez lui, il est interrompu par un loup : « Des carcasses ? C’est abject. Ce matin, je suis allé chasser tandis que vous ne faites que chercher des restes. Vous êtes un incapable et vous êtes ridicule ! »Partout où il espère se cacher, il se sent observé et jugé. Il finit par chercher du réconfort chez son amie la taupe. Cette dernière, mise au courant, l’accueille : « Je sais ce que vous ressentez. J’ai moi-même été victime du renard. Celui-ci a dit à tous les animaux que je ne voyais rien. Pendant une dizaine de jours, des animaux se sont moqués de moi. J’ai décidé d’aller voir le singe-savant pour que celui-ci puisse me venir en aide. Vous devriez aller le voir. » Le vautour répond : « Il est vrai que j’ai également croisé un renard ce matin. Il semblerait qu’il aime faire souffrir autrui. ». Plus tard dans la soirée, le vautour remercie la taupe et retourne chez lui. Mais il constate que son habitat est pillé, ravagé. Désemparé, ce dernier ne se sent désormais plus en sécurité. Le renard aperçoit le vautour malheureux et ressent comme un frisson d’excitation. Notre protagoniste décide de consulter le singe-savant afin de se faire aider. Alors que l’oiseau cherche l’habitat du singe, il s’adresse à une compagnie de sangliers dans le but d’obtenir sa localisation. Il se sent mal à l’aise assez rapidement. Un sanglier, révolté lui hurle : « C’est une de tes diversions, pour me tuer lâchement ? Crois-tu que tu pourras m’avoir si facilement ? » Un autre s’écrie : « Essaye ailleurs, nous ne te répondrons pas. »Apeuré, troublé, il reprend son envol et aperçoit non loin de lui, sur une roche, un singe en méditation. Il ne comprend pas de quoi veut parler le sanglier. Arrivant devant laroche du singe, le vautour s’adresse à ce dernier : « Bonsoir singe-savant ! Tout le monde est hostile aujourd’hui. Qu’ai-je fait pour éveiller cette colère et cette indignation auprès des autres animaux ? » Le singe lui répond d’un ton calme : « Un renard est venu raconter que vous aviez cruellement assassiné un mouton ce matinpour le manger.Il a décrit ce qui se serait passé. Vous l’auriez attiré près du bord de la falaise pour que celui-ci glisse de lui-même. » Le vautour, dans un élan de colère, s’écrie : « Cela est faux, je n’ai fait que chercher une carcasse près du flanc. Le malheureux y était déjà depuis plusieurs heures, je n’ai fait que manger ce qu’il en restait, avant que quelqu’un d’autre ne le mange à ma place. » Puis le singe lui répond : « Le renard a convaincu tout le monde que les vautours sont de terribles et cruels assassins. Cruels et assassins car d’après lui, les vautours assassinent avec une extrême violence pour manger la carcasse une fois que l’animal a succombé à ses blessures. Je sais que ce n’est pas le cas, mais tout le monde ne connaît pas vraiment les vautours. Le fait de se nourrir de carcasses pour un vautour est nécessaire à sa survie. C’est le seul moyen dont il dispose pour se nourrir. Ceux quicroient le renard sont donc ignorants, ils ont l’impression que le vautour doit être chassé, repoussé car trop dangereux et vicieux pour les autres espèces. Mon conseil est de les ignorer, de prendre de la distance et de ne pas les écouter, sous peine de finir par y croire soi-même. Je vois en vous le terrible mal-être que l’on ressent lorsqu’on se sent coupable et ne vois rien en vous de mauvais. Cela doit être, pour le renard, une sorte de plaisir malsain : faire souffrir pour mieux se sentir. »

Afin d’aider le malheureux vautour, le singe prend la parole en public. Il le défend avec vigueur, dénonce le mensonge du renard et explique pourquoi il se nourrit de carcasses animales. Ce discours est fortement controversé. Parmi les animaux qui tenaient des discours de haine, la majorité s’excuse, se sentant humiliée d’avoir cru aveuglément le renard et regrette d’avoir agi ainsi, tandis que les autres commencent à mépriser le singe. Le vautour est toujours vu comme dangereux et cruel par certains mais il n’y prête plus vraiment attention. Il comprend alors que l’empathie, la solidarité ainsi que la tolérance sont des vertus. Le vautour remercie le singe pour son aide et cet enseignement. Non loin de là, un lama chuchote : « Remerciez vos ennemis, ils sont vos plus grands maîtres. Ils vous apprennent à faire face à la souffrance et à développer la patience, la tolérance, la compassion, sans rien attendre en retour. » (Citation du Dalaï Lama)