Objectif paix

Nouvelle écrite par Cherifa OUAGGUIN, Zoé THIBAUT,  Selloum SELSABIL et Nasri FAEZEH

Thème : Juger, condamner certes… mais comment apaiser, reconstruire durablement ?

 

Je m’appelle Kayo, j’ai 12 ans et je vis en 1994 dans un petit village rwandais, avec ma mère et ma petite sœur Niya. Nous sommes une famille tutsie, déjà brisée par la mort de mon père, tué quelques mois plus tôt dans un village voisin.

Chaque jour, j’entends les rumeurs, les chuchotements. La peur s’installe partout. Le pays semble devenir plus sombre, comme si un orage approchait. Pourtant, au fond de moi, je garde mes rêves. Je veux devenir médecin. J’adore comprendre comment fonctionne le corps humain et soigner les gens malades, et je fais souvent de petites expériences scientifiques avec mes amis.

Après une simple journée d’école, avec mes amis, nous sommes rentrés prendre nos vélos pour nous promener et pour nous changer les idées. Cependant, ma mère devait partir au travail et ne voulait point que ma sœur reste seule à la maison. Pourtant, je ne voulais pas qu’elle vienne avec nous. Or, ma mère insista en disant : « Elle est trop petite pour rester seule à la maison, surtout avec ce qui se passe actuellement dans le pays, elle doit venir avec vous ! » J’étais donc dans l’obligation d’accepter.

Nous sommes directement partis en direction des champs, loin du village, nous échapper de la tension qui montait autour de nous. Cependant, lors de notre balade, nous nous arrêtâmes dans les champs pour nous reposer. Un bruit de fusil surgit à seulement quelques mètres de nous. On comprit tous que c’était une attaque. Des hommes hutus, armés, arrivèrent en courant, fusils à la main. Nous eûmes à peine le temps de réagir que les hommes tirèrent sur la jambe de mon ami Esteban et sur le bras de ma sœur. Tous deux tombèrent à terre criant de douleur. Amara et Mangiwa prirent Esteban et, moi, je pris ma sœur dans mes bras. C’était une journée ordinaire, et pourtant on ne s’attendait pas à ce que la journée se finisse dans un tel désastre.

Nous réussîmes à rentrer chez nous, mais quand ma mère rentra à la maison, elle comprit tout de suite ce qui s’était passé en voyant l’état de Niya et mon visage terrorisé. Ma mère finit par prendre la décision de fuir malgré l’état de Niya. Après avoir préparé nos affaires, j’eus à peine le temps de prévenir mes amis. Ils étaient si déçus et avaient si peur pour nous. Ce fut ainsi que, lorsque la nuit tomba, nous quittâmes le village afin d’atteindre la frontière et sortir du Rwanda. Après que nous eûmes marché toute la nuit, le soleil se leva et nous aperçûmes enfin les collines qui annonçaient la zone frontalière. Cependant, je ressentis encore une fois un bruit étrange, ma mère cria « Courez ! » C’est là que nous avons aperçu des miliciens hutus. On se mit à courir, mais c’était déjà trop tard : l’un d’eux tira sur ma mère. Ma sœur et moi restâmes immobiles, on ne réalisait pas la scène qui venait de se passer. Mais en fuyant l’un d’entre eux nous attrapa, nous banda les yeux et nous mit dans un camion. A partir de ce moment, ma sœur et moi fûmes séparés dans deux camions différents, sans savoir où nous allions être emmenés.

Après l’attaque par les Hutus, j’ai été emmené dans un centre où je découvre d’autres enfants Tutsis, qui sont eux aussi victimes de la guerre. Je suis rempli de colère et de désespoir, je suis comme dans un déni profond où je n’arrive toujours pas à réaliser que je viens de perdre ma mère sous mes yeux, et que ma sœur et moi sommes séparés. Je n’ai aucun moyen pour savoir où elle est ? avec qui ? ou encore, est-ce qu’elle va bien ? Toutes ces questions se posent dans ma tête. Moi, je suis emmené dans un camp, séparé de tout le monde, tandis qu’elle peut être n’importe où. Après quelques jours dans le centre, je rencontre un jeune soldat qui s’appelle Jonas, malheureusement forcé à combattre, mais une idée me vient en tête. Et si je me rapprochais de lui pour pouvoir avoir des nouvelles de ma sœur ? Je n’hésite pas une seconde. Plus les jours passent, plus nous devenons proches. C’est une très bonne rencontre. Il est très gentil et un lien d’amitié se crée entre nous. Après plusieurs mois passés dans ce centre, je peux enfin en sortir grâce à Jonas. Soudain, au moment de ma sortie, il m’annonce que ma sœur n’a pas survécu à la fusillade… Je sens mon cœur se briser, une douleur immense se creuse en moi… D’abord ma mère, puis maintenant ma sœur ? Je suis tout seul, je n’ai plus personne, sauf Jonas. Il reste toujours là pour moi. Après toutes ces nouvelles bouleversantes, Jonas me dit que j’ai la possibilité de fuir le pays avec lui. Je réfléchis car ce serait une bonne idée pour tout recommencer. Mais, finalement, grâce à mon courage et ma force, je refuse. Je préfère rester dans mon pays natal en mémoire de ma mère et de ma sœur. Alors, après toute cette misère et ces mois de souffrance, je décide de poursuivre mon rêve et de tout donner pour y parvenir. J’ai seulement 13 ans, mais je sais déjà que tel est mon objectif : je veux non seulement soigner les corps, mais aussi reconstruire les cœurs meurtris par la guerre.

Après plusieurs années à étudier la médecine, j’ai abandonné ce rêve, car cela était beaucoup trop compliqué pour moi. J’ai fini par me consacrer à mon nouvel objectif qui est de devenir maire de mon village. J’ai décidé que ma première priorité en tant maire est de calmer les tensions entre ces deux communautés, où le conflit dure depuis toutes ces années. Ainsi j’ai fait des réunions avec les chefs des deux ethnies, pour les laisser s’exprimer librement sans qu’il n’y ait de violence. Suite à ces réunions, j’ai décidé de mettre en place des projets qui obligeraient les habitants à travailler ensemble, pour reconstruire les écoles, nettoyer les champs dégradés et refaire les routes. Après avoir mis ces projets en marche, j’ai constaté des améliorations dans le village : la population était de plus en plus regroupée, à parler et même à coopérer ensemble. Suite à cette réconciliation, les habitants ont planté des arbres au centre-ville pour symboliser leur paix. Aujourd’hui les habitants sont très reconnaissants envers leur maire et moi très fier d’eux car ils ont réussi à cesser d’alimenter ce conflit et à apprendre à vivre ensemble malgré leurs différences ethniques. Ainsi, si ces conflits ont véritablement cessé, alors tout notre pays sera reconstruit durablement.