Nouvelle écrite par Ézéchiel GEGOT
Je m’appelle Moussa, je suis en France depuis deux mois seulement et c’est vraiment dur pour moi à l’école. Il y a trois garçons qui m’empêchent de jouer avec les autres et même de parler en classe, ils me bousculent chaque fois que je lève la main. Le pire c’est Louis, il me dit des propos racistes ou antisémites du genre :
« Et toi tu ne voudrais pas aller jouer ailleurs sale ***. Retourne dans ton pays et arrête de salir la France. »
Pour moi c’est à peu près ça tous les jours depuis le mois de septembre. Le seul point positif c’est sûrement le football. Depuis mes trois ans, j’y joue car je l’ai promis à mon père, je deviendrai capitaine de l’équipe de France.
Un City-stade a été installé il y a une semaine à côté du collège. Je n’y ai encore jamais mis les pieds. Aujourd’hui j’ai essayé d’y aller mais au bout d’un quart d’heure Louis, Baptiste et Timothée arrivèrent et me frappèrent. C’était la première fois qu’ils en venaient à me donner des coups. En rentrant chez moi, je me mis à pleurer mais, car je n’avais pas le courage d’en parler, je préférais rester seul. Jusqu’au mois de décembre, aucun autre événement ne se passa, mis à part quelques moqueries de la « mini » bande de Louis. Mais le lundi 14 décembre (date de mon anniversaire), arriva un événement incroyable. Un garçon débarqua dans notre classe. Il s’appelait Samir, un garçon petit, maigre, avec des cheveux bruns et des yeux verts intenses. Notre professeur le présenta, il était d’origine algérienne par son père mais sa mère était française. Il devint rapidement mon ami, mon premier ami dans mon collège de Marseille. Il partageait le même amour que moi pour le football. Quand il vit que je me faisais harceler, il me demanda pourquoi je n’en parlais à personne. Je lui répondis que j’avais trop peur de le dire. Alors il me dit :
« Si tu n’as pas le courage d’en parler, alors je trouverai moi-même le moyen de le faire. »
C’est incroyable cette confiance quand il parle. Il a un caractère très différent du mien. Moi, je suis plutôt timide et n’ose pas contredire, même si je ne suis pas d’accord. Samir, lui, déteste les injustices et n’hésite pas à donner son avis. Cela nous donnait une belle complicité de caractères.
Grâce à lui, je devins moins timide et me fis plusieurs nouveaux amis. Lucas, Enzo et Quentin jouaient tous les trois à l’AS Rognac, à vingt minutes de Marseille. Je m’inscrivis dans ce club, en même temps que Samir, pour réaliser nos premiers entraînements et jouer nos premiers matchs en France. Tout allait mieux depuis début janvier : j’étais heureux avec mes amis, bien intégré dans ma classe de sixième et j’avais en plus de bonnes notes. Louis et ses compères, m’embêtaient de moins en moins, surtout depuis qu’ils avaient compris que leurs insultes et moqueries ne me faisaient plus d’effet. Pendant les vacances de février, notre coach nous informa qu’un tournoi de fin de saison se déroulerait le 18 juin. Ce dernier allait réunir trente-deux équipes de Marseille et ses alentours. Nous nous sommes alors entraînés d’arrache-pied jusqu’à cette date.
Dix jours avant le tournoi, notre coach nous apprit qu’en cas de victoire, il nous emmènerait voir le match OM-PSG au stade Vélodrome. Cela nous motiva encore plus car nous étions de fervents supporters de l’Olympique de Marseille.
Cette fois, le grand jour arriva enfin. Samir et moi partîmes, ensemble, au stade où se déroulait le tournoi. Durant les phases de poules, nous finîmes premiers de notre groupe avec trois victoires (trois buts à zéro, quatre buts à deux et trois buts à un). Les quarts de finale se passèrent tout aussi bien avec une victoire deux buts à zéro. Pour la demi-finale, nous affrontions l’Atletico de Marseille. Notre équipe s’imposa difficilement sur le score de deux buts à un. L’essentiel était fait, direction la finale.
Pour ce match, nous tombions face à l’équipe rivale du club : le FC Torpilles. Le pire, c’est que cette équipe était celle de Louis, Baptiste et Timothée. Ce fut un match éblouissant. Notre équipe était menée trois buts à zéro à la mi-temps, mais Samir marqua un doublé juste après la pause d’un magnifique but de la tête et d’une frappe placée en pleine lucarne. Un seul but nous séparait des Torpilles. Malheureusement, Louis marqua un quatrième but dans la foulée.
C’est à ce moment-là que j’entrai en scène, enfin sur le terrain plutôt, et j’étais vraiment très énervé. Je pris une première fois le ballon, partis dans une série de dribbles et finis par un petit ballon piqué qui termina au fond des filets. Le but de l’égalisation fut tout aussi incroyable avec une frappe du milieu de terrain d’une puissance incroyable, dont je ne me savais pas capable…
Il ne restait plus qu’une minute de jeu. Samir partit dans un rush incroyable sur son côté gauche avant de m’adresser un magnifique centre que je repris d’un fantastique retourné acrobatique. Juste après, l’arbitre donna le coup de sifflet final. Nous étions aux anges, et heureux de notre victoire. Louis par contre, était furieux et très en colère. Lors de la remise du trophée, j’eus même la chance d’être élu meilleur joueur du tournoi.
Une semaine plus tard, nous avons eu la chance d’assister au match OM-PSG comme nous l’avait promis notre entraîneur. Le bonheur fut complet grâce à la victoire magistrale de l’OM deux buts à zéro.
Deux semaines après le début des vacances d’été, Samir et moi avons reçu un courrier afin de venir faire des essais au centre de formation de l’Olympique de Marseille. Plus jamais Louis n’osa se moquer de moi et critiquer nos origines. Un an après mon arrivée en France, tout va pour le mieux, et j’espère cette fois réaliser mon rêve de devenir footballeur professionnel pour l’Olympique de Marseille, mais ça c’est une autre histoire…
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