La fierté de Kévin

Nouvelle écrite par les collégiens de la classe de 5e A du collège de Mont sous Vaudrey : Evan BARBIER, Louise BARBIER, Simon BARMOY CHMIDLIN, Mathéo BOILLEY, Noé BRENIERE, Lilou CAMP, Lalie DEGAY, Simon FRENOT, Kim GOBEROT, Paola LAMBERT, Zoé MAIGROT, Loïs MOYNE GAHIER, Clément MOYSE, Cléo PERRET DELORME, Jeanne PILLOT, Laurine PUGET, Noelline REGAZZONI, Mathéo TROTTE, Tim VUEZ WOITTEQUAND

 

Dans la queue à la cantine, Suzanne, une petite fille de 6 ans, pressée d’aller manger s’adresse à Kévin « Pousse toi gros sac, tu prends toute la place et j’ai faim ! »…

 

            C’est l’histoire de Kevin qui était scolarisé au collège des Serres, dans la ville de Fleur, en Provence.

            Dans sa classe, la 5eA, se trouvaient Suzanne et ses deux chiennes de garde, Myriam et Prunelle.Toutes les trois étaient coiffées d’une queue de cheval, rousse pour Suzanne, brune pour Myriam et blonde pour Prunelle. Elles étaient toutes les trois maquillées excessivement. Un jour de décembre, dans la cantine très bruyante, Suzanne se plaça près de Kevin et s’exclama, tout en mâchant son chewing-gum :

– Pousse-toi gros sac, tu prends toute la place et j’ai faim !

Derrière elle, ses deux copines éclatèrent de rire et répétèrent :

– Kevin le gros sac qui prend toute la place !

Aucun des surveillants n’intervint car ils n’avaient rien entendu. Ces trois filles harcelaient Kevin depuis la rentrée de septembre.

            Ce dernier mangea tout seul à la cantine, il se sentait triste. Plus tard, à la récré, il regardait autour de lui et il voyait ses camarades jouer ensemble. Il s’apitoyait sur son sort quand le gang de Suzanne apparut et se rapprocha de lui. Il trembla à la venue des trois pestes.

– T’es moche et tu pues, qui veut être ami avec toi ?

Elles repartirent toute fières en mâchant leur chewing-gum puis elles revinrent vers lui pour le critiquer encore. Alors il alla s’isoler aux toilettes, enfermé à clef dans un cabinet, le reste de la récré.

            À la fin des cours, au moment de partir du collège, Suzanne le poussa par derrière, Kevin tomba devant tous les élèves de sa classe qui rigolèrent. À nouveau, il se sentit persécuté.

            Après cette rude et longue journée de cours, Kevin monta dans le bus. Il faisait déjà nuit et froid, autant dire qu’il avait très envie de rentrer chez lui pour se reposer et surtout pour oublier ce qui s’était passé ce jour-là.

Il s’assit tout seul à l’avant du bus pour ne pas voir Suzanne, car elle et ses copines se mettaient toujours au fond. Mais aujourd’hui, comme par hasard, Suzanne se mit à côté de Kevin, et ses copines derrière eux.

Kevin, ne sachant pas comment réagir, ne dit rien. Suzanne commença :

– Alors tu as bien mangé à la cantine ?

Kevin répondit avec une petite voix :

– Oui…

Une des copines de Suzanne renchérit :

– À mon avis, il n’a rien dû jeter à la poubelle, même sa serviette, il l’a mangée tellement il devait avoir faim…

Les trois filles éclatèrent de rire. Kevin sentit les larmes monter mais se retint de pleurer et descendit du bus au premier arrêt, tant pis, ce n’était pas le sien mais il ne pouvait pas craquer devant elles, ce serait « trop la honte ».

Mais sur le chemin du retour, Kevin éclata en sanglots, plein de tristesse et de fureur…

            Une fois rentré chez lui, sans rien dire à ses parents, Kevin monta dans sa chambre pour être enfin tranquille. Il s’y enferma. Mais en prenant son téléphone, il vit qu’il avait reçu des messages d’insultes de Suzanne et ses maléfiques copines. Il fut très affecté, sa rage était immense. Depuis sa chambre, il entendit ses parents se disputer. Ça faisait déjà plusieurs mois qu’ils se querellaient parce qu’ils ne se comprenaient plus. Il se dit : « Oh non, ils ne vont pas se séparer… ». Il prit son téléphone et vit tous les messages, il les lut « Hé gros sac, t’es tellement gros qu’en classe, on ne peut même plus respirer. ». Quand Kevin eut fini de lire les messages, il prit son journal intime et écrivit :

« Aujourd’hui, c’était la pire journée, je me suis encore fait insulter et bousculer, je n’en peux plus…je ne suis qu’un gros idiot. Finalement, elles ont peut-être raison… Mais, demain il faut que je me défende. »

Tout à coup, il entendit sa mère énervée dire à son père :

– Tu m’énerves, dégage, je ne veux plus te voir !!!

Kevin se sentit très seul, il ne souhaitait pas le dire à ses parents car il pensait que c’était la honte de se faire harceler, surtout par des filles. Il ne voulait pas envenimer les choses et être un sujet de dispute de plus dans leurs conflits.

            Le lendemain, Kevin, torpillé par des maux de ventre, ne put avaler ses céréales et demanda à ses parents :

– J’ai trop mal au ventre, est-ce que je suis obligé d’aller au…

Juste au moment où il finissait sa phrase, son père se mit à hurler contre sa mère :

– Tu as encore oublié de me prévenir pour le garage, je peux plus te supporter !!!

Comme d’habitude, ils ne m’écoutent pas, toujours occupés à se disputer, pensa Kevin.

Il arriva au collège, Suzanne l’attendait déjà avec ses copines.

– Tu devrais faire un régime, tu prends toute la place. Après, tu t’étonnes que t’es seul et que t’as pas d’amis !!

Kevin en eut assez et, rouge de colère, il gifla Suzanne dans la cour. Cette dernière courut chez la CPE, une jeune femme blonde assez grande, vêtue de blanc, toujours munie de son trousseau de clefs et lui expliqua que Kevin l’avait frappée au visage. Kevin se fit convoquer. Il essaya d’expliquer la situation à la CPE mais en vain. Elle ne le crut pas, ne voulut rien entendre et lui répéta que la violence physique ne résout rien. Kevin, chamboulé par ses émotions, s’enfuit en pleurant mais il fut vite rattrapé par Suzanne qui, toujours avec son visage narquois, lui dit :

– Eh le camion ! Arrête de courir, tu vas faire un tremblement de terre !

Ses deux acolytes pouffèrent.

Elle le ramena à la CPE qui était déjà bien agacée.

– Madame ! Kevin m’a de nouveau frappée ! inventa-t-elle.

– Ça suffit Kevin, tu seras en retenue jusqu’à 19 heures !

            Plusieurs jours plus tard, alors que de nouvelles insultes avaient fusé, Kevin était devant le collège. À peine plus loin, Suzanne marchait sur le trottoir avec ses amies quand soudain, elle se fit bousculer sur la route ! Elle pensa que c’était la fin de sa vie quand elle vit un camion arriver droit sur elle. Tout à coup, Kevin la rattrapa par le bras et la ramena sur le trottoir.  Elle le regarda, stupéfaite,  avant de reprendre rapidement ses pensées. En essayant de masquer sa surprise , elle lui dit d’un ton distant :

– Lâche-moi ..

Kevin répondit froidement :

– J’allais pas te laisser mourir.

Elle lui tourna le dos et murmura :

– Mais …merci quand même…

– Suzanne, même si tu m’as fait du mal, moi, au moins, j’ai pas hésité à te sauver. Tu n’as plus intérêt à faire vivre à quelqu’un les horreurs que tu m’as fait vivre. Parce que, oui, bien que je sois plus enrobé que d’autres, moi, au moins, je n’insulte personne et j’aide les autres quand ils en ont besoin.

Suzanne se sentit troublée par cette vérité et se rendit compte qu’elle n’avait pas été sympa avec lui. Elle le regarda et s’excusa :

– Désolée Kevin, c’est vrai, j’ai pas été sympa avec toi cette année…

Kevin la regarda à son tour et lui dit les yeux dans les yeux :

– Ne recommence plus, chacun a le droit au respect.

– D’accord, je ne recommencerai pas, promis…

 

            Chacun reprit son chemin. Suzanne se remit en question et Kevin se sentait fier de lui : il avait pu dire ce qu’il pensait, il avait vaincu ses peurs et son cœur, désormais, était réparé.