Dans la mine

Nouvelle écrite par Camille MASSON

 

Au Congo, Jacques est le patron d’une mine de cobalt qui dépend d’une grande entreprise française. Le gisement est difficile d’accès et il a trouvé la solution : « Trouvez-moi des enfants d’une dizaine d’années et de petit gabarit »

Esteban était un enfant de 11 ans choisi pour aller travailler à la mine. Les journées étaient difficiles et le travail était fatigant : il devait remonter le métal à longueur de journée sous l’attention des gardiens armés de fusils. Il travaillait énormément et dormait peu. Il était nourri d’une espèce de bouillie verdâtre, épaisse et pleine de grumeaux. La mine était étroite, humide et il y faisait chaud. Un des enfants avait déjà été blessé par une chute de pierres dans la grotte. Un matin, à l’aube, Esteban fut réveillé par un grondement sourd, le chef de la mine hurlait pour que tout le monde se réveille :

– Deux enfants sont morts, il y a eu un éboulement dans la mine.

Sa tâche n’était plus d’extraire le métal mais de sortir des grosses pierres, ce qui était d’autant plus compliqué. D’autres éboulements eurent lieu, mais ils étaient plus petits. Esteban s’était déjà fait deux entorses en sortant les pierres et pensait qu’il préférait mourir plutôt que de rester ici. Il travaillait avec ardeur, sans s’arrêter, il maigrissait de jour en jour. Le mois suivant, trois enfants moururent et d’autres arrivèrent. Il se lia d’amitié avec un jeune marocain, Omar. Quand ils étaient ensemble, ils réussissaient à ne plus penser à la mine. Les deux garçons s’entendaient bien, ils s’entraidaient, se remontaient le moral, ils riaient ensemble. Cependant, Omar périt dans un nouvel éboulement. Esteban en fut bouleversé mais les gardiens l’obligèrent à travailler. Le lendemain matin, Jacques les informa que la mine allait fermer, elle ne rapportait plus assez d’argent. Pour Esteban, il restait quinze jours à tenir.

L’avant-dernier jour, alors qu’il travaillait en se disant que le lendemain, il serait sorti de cet enfer, il entendit un grondement. Il sentit un coup sur sa tête et tomba à la renverse ; il avait perdu connaissance. Quand il se réveilla, l’éboulement était terminé mais certaines pierres étaient encore instables. L’une d’elle tomba, il mourut sur le coup, sans avoir connu la liberté.