La lettre

Elle grelottait sur le quai de la gare. Elle glissa sa main dans celle de son frère pour se rassurer. Ils venaient de parcourir trois mille kilomètres. On pouvait lire sur leurs visages émaciés leur épuisement. Mais la fraternité qui les unissait leur permettait de tenir bon.

Ils avaient encore un dernier trajet en train à faire et ils arriveraient dans cette ville qui symbolisait l’espoir d’une nouvelle vie. Là-bas, un cousin les attendait. Il leur avait promis de les loger.

Sur le parvis de la gare, Kenza et Younes restèrent bouche bée devant le paysage qui s’offrait à eux : des collines verdoyantes, une fortification majestueuse surplombant la ville, le clocher aux reflets colorés d’une église. Ils allaient enfin pouvoir trouver la sérénité, se reconstruire et bâtir un avenir loin des bruits assourdissants des bombes, de la poussière, des gravats des immeubles effondrés, des cris d’effroi et des larmes.

Younes composa le numéro de téléphone de leur cousin. Aucune réponse. Il essaya maintes fois mais il se heurta à un silence assourdissant. Frère et sœur comprirent qu’ils allaient devoir s’en sortir seuls. Exténués par leur périple, ils s’endormirent à la gare, se serrant l’un contre l’autre.

 

Le lendemain matin, le visage assombri par une nuit difficile, ils allèrent à la rencontre des passants afin de leur demander où se situait la mairie, dans un français approximatif appris lorsqu’ils étaient à l’école en Palestine. Ils rencontrèrent chez certains l’hostilité, chez d’autres la bienveillance. Leur teint basané et leur accent prononcé suscitaient des réactions diverses. Certains piétons faisaient mine de ne pas avoir entendu leur question, d’autres se montraient à l’écoute de ces deux adolescents qui semblaient égarés, exilés. Ils grappillèrent quelques informations et se rendirent au centre de la ville. Ils poussèrent timidement  la porte de la mairie afin de demander de l’aide.

Ils ressortirent tenant fermement dans leur main un morceau de papier sur lequel on leur avait noté quatre lettres et une adresse, symboles d’un refuge espéré : C. A. D. A.

Là-bas, on leur proposa d’aller prendre un repas gratuitement « Au fourneau », une association bisontine qui accueille les exclus.

 

Après de longues et complexes démarches, des travailleurs sociaux les aidèrent à trouver un foyer d’hébergement pour adolescents et un établissement scolaire professionnel dans lequel ils allaient suivre une formation de cuisiniers. En parallèle, ils  entreprirent des démarches pour obtenir le statut de réfugiés.

Ils caressaient le rêve d’ouvrir un jour un restaurant avec comme plat phare le maklouba  aux aubergines que cuisinait leur mère quand ils étaient enfants. Un proverbe prononcé par leur père maintes fois était gravé dans leur mémoire: « Qui oublie son passé, se perd lui-même ». Ici, alors qu’ils étaient déracinés, cette phrase prenait tout son sens. Alors pour ne pas oublier, ils aimaient évoquer les souvenirs de l’aurore de leur vie : les parties de billes avec des noyaux d’olive, les cabanes construites dans les collines et les matchs endiablés de football dans  les rues.

Mais d’autres sombres  réminiscences étaient aussi présentes dans leurs esprits : les checkpoints, les bombes, les sirènes hurlant jour et nuit, les corps ensanglantés, les unes de journaux annonçant bombardement et attentats, le mur se dressant comme un rempart entre l’Israël et la Palestine. Ces souvenirs-là étaient ancrés dans leurs âmes, dans leurs corps pour éternité. L’absence cruelle de leurs parents les meurtrissait mais ils devaient vivre, vivre pour ceux à qui la guerre avait arraché la vie dans leur pays natal. Kenza et son frère bâtissaient chaque jour leur nouvelle existence. Ils aimaient se balader, rire avec leurs camarades, découvrir la ville dans laquelle ils vivaient désormais.

 

Mais, ce nouveau bonheur fut de courte durée. Un drame survint.

Un matin, en se rendant au lycée d’un pas pressé, Younes n’entendit pas le tram arriver sur lui à toute vitesse, il fut fauché et projeté à quelques dizaines de mètres. Son pronostic vital  était engagé. Chaque jour, inlassablement, Kenza rendait visite à son frère à l’hôpital. Elle lui narrait des histoires de leur enfance, elle lui apportait tout son soutien et son amour inconditionnel. Elle gardait toujours espoir et le tenait au courant de l’avancée des démarches administratives pour l’obtention de leur statut de réfugiés. Un jour, il sortirait de l’hôpital, elle en était certaine, il reprendrait sa formation et serait protégé par le droit d’asile. C’était inscrit dans la loi, elle le savait, elle avait étudié en classe la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, on lui avait dit qu’ils pourraient très certainement obtenir le statut de réfugiés.

 

Kenza pensait beaucoup à Younes tout en s’investissant corps et âme dans sa formation. Chaque matin, elle se rendait au lycée où elle apprenait la langue de Victor Hugo, cet écrivain à la plume engagée. Avec sa classe,  elle s’était rendue sur l’Esplanade des Droits de l’Homme où trônait la statue de ce grand homme né à Besançon.

 

Les mois avaient passé, Kenza s’était  raccrochée à son rêve pour avancer. Elle avait pourtant maintes fois rencontré des difficultés. L’absence de son frère lui déchirait le cœur. En plus, elle avait dû faire face à de nombreux refus lorsqu’elle cherchait un établissement où effectuer son stage pratique. Elle avait ressenti l’exclusion ou la méfiance à son égard. Heureusement, un jour, une restauratrice l’avait accueillie chaleureusement et lui avait fait  découvrir la gastronomie française. C’est avec une joie immense qu’elle s’était mise aux fourneaux. Lorsqu’elle était en cuisine, elle s’évadait et ne pensait plus à tous les soucis du quotidien.

 

Un matin, elle reçut un appel du centre hospitalier. Les nouvelles étaient positives, son frère se portait mieux, il allait sortir d’ici un ou deux jours. Enfin, Kenza voyait le bout du tunnel, la libération, la fin des ennuis.

Elle courut annoncer la bonne nouvelle à son éducateur. Il l’accueillit sourire aux lèvres. Il avait toujours apporté son soutien à Kenza et Younes. Il les accompagnait dans leurs démarches et les aidait à poser les jalons de leur nouvelle vie en France.

Il lança à Kenza: « Un courrier recommandé vous est destiné !» Il émanait de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides.

Elle prit la décision de ne l’ouvrir qu’en compagnie de son frère. Les mots que cette lettre contenait allaient peut-être changer leur vie.

Le lendemain, elle se rendit, légère, à l’hôpital. Elle sentait que cette journée allait être marquante, déterminante même. Elle poussa la porte de la chambre de son frère. Il avait plutôt bonne mine, il se tenait debout, près de la fenêtre. Un halo de lumière éclairait la pièce.

Ils se serrèrent dans les bras longuement et se murmurèrent des mots d’affection dans leur langue natale. C’était un doux moment.

Elle tendit la lettre à son frère, il l’ouvrit et ils lurent en silence. Ils crurent alors que le ciel allait se dérober sous leurs pieds.

 

« Après examen de votre dossier, l’OFPRA vous notifie sa décision de ne pas vous accorder le statut de réfugiés sur le territoire français. En effet, l’OFPRA a jugé que votre demande est IRRECEVABLE. Vous disposez d’un délai d’un mois pour déposer votre recours. »

Une lettre, un espoir, un anéantissement.

 

 

 

 

Larmes de fond

Jour 0 : Cela fait quatre heures qu’elle travaille. Leïla a chaud, elle lève les yeux, la lumière l’éblouit. Elle baisse son regard, le sol n’est que poussière. Elle pense aux jours qui se répètent : travailler, troquer, travailler. A son unique but, survivre. Pour survivre, Leila aide son père et sa mère aux champs tous les jours. Les journées sont réglées heure par heure. Les robots minuteurs veillent à ce que chaque seconde soit dédiée à la bonne activité. Chaque demi-heure, des drones survolent les champs. Une minute non respectée est égale à un jour enfermé. Cinq minutes, une balle un plein cœur. Il faut se lever à sept heures. De sept heures et demie à midi et demie il faut travailler. De midi et demie à treize heures il faut manger. De treize heures à quinze heures trente il faut troquer. Le reste de la journée il faut travailler, puis dormir et recommencer une nouvelle journée. Une nouvelle même journée.

 

Jour 1 : Leïla réfléchit beaucoup lorsqu’elle travaille. Les tâches sont répétitives et lui demandent peu de concentration. Elle répète ces mêmes gestes chaque jour depuis qu’elle est petite. Chaque jour lui reviennent les mêmes pensées. Elle pense à sa situation, à celle des Indésirables, considérés comme insuffisamment utiles à la société d’élite imaginée par les Instruits. Au fait qu’elle soit enfermée entre quatre murs. Au fait qu’elle ne soit pas née chez les Instruits. Au fait qu’ils poursuivent une existence paisible à l’extérieur de cette frontière. Au fait que tout destin est contrôlé par un code génétique. Ces quelques chiffres qui feront d’un individu un Instruit ou un Indésirable. Elle pense à demain, puis après-demain qui ressemble à aujourd’hui.

 

Jour 2 : Leïla a toujours chaud. Leïla pense toujours.  Elle sait que la révolte gronde depuis des centaines d’années. Elle sait que la terreur que représentent les robots surveillants est trop grande pour exploser. Elle sait qu’à la moindre erreur la vie devient poussière. Les robots bourreaux maintiennent cette terreur en affichant fièrement les sanctions infligées. Leïla pense au dernier tenté par la révolte. Leïla voit son corps inerte au bout d’un fil. Leïla voit ce corps sur tous les écrans de surveillance. Une larme coule sur sa joue. Leïla voit les robots arracheurs détruire sa famille. Leïla voit le dernier regard de son frère pour elle. La colère l’envahit. Leïla arrête de penser.

 

Jour 3 : LeÏla devine le soleil derrière son épaule. Elle sait que quand celui-ci atteint sa nuque sonne le son aigu et strident de l’horloge signalant l’heure de manger. Une demi-heure plus tard Leïla est devant son assiette. Cette dernière est peu garnie, quelques feuilles de choux et une petite carotte. Leïla n’a pas faim. Son cœur est plein de rage. Elle pense à son frère, Loïc. Il adorait les carottes. Loïc ne mange plus de carottes aux côtés de Leïla depuis 5 ans. Les robots arracheurs l’ont kidnappé pour son intelligence. Un QI trop important ne peut rester chez les Indésirables. Il a sans doute été jugé comme suffisamment utile à la société des Instruits. Leïla voit son frère se débattre. Elle voit les robots arracheurs le frapper pour qu’il se taise. Elle voit son corps inerte disparaître. Une goutte frappe la table sous le visage de Leïla. La rage l’emporte. Une vague s’abat sur la table. Ce jour-là, Leïla ne pense qu’à son frère.

 

Jour 4 : Il est huit heures. Leïla bêche difficilement. Elle sent le soleil arriver au niveau de l’arrière de ses genoux. Comme chaque matin, les décès de la veille sont affichés sur les écrans de surveillance. Leïla, pensive, survole la liste. Un nom, un deuxième, un troisième, un quatrième, un cinquième, un … Leïla stoppe son regard. Elle connaît le sixième nom. La mère d’Augustin est décédée. Il est écrit : décès à 19h03 le 07.09.70. Leïla se rappelle Augustin, c’est le seul qui veut bien troquer des légumes contre du pain. Elle se rappelle sa mère malade, sa seule famille. Elle imagine Augustin essayant de retenir les robots incinérateurs lui arrachant le corps de sa mère. Elle voit Augustin s’écraser au sol suite à leur départ. Augustin n’enterre pas sa mère. Augustin n’organise aucune messe pour sa mère. Tout culte autour de la mort est interdit. Tout espoir d’une meilleure vie après la mort est prohibé. Toute lueur est obstruée. Leïla détourne le regard, ses pensées se dissipent.

 

Jour 5 : Les yeux de Leïla s’ouvrent difficilement. Elle ouvre ses rideaux, la lumière la frappe. Ce dimanche Leïla ne peut s’empêcher de penser à Augustin. Augustin est seul alors que ce jour est celui où chacun doit rester avec sa famille. Elle pense aussi à son frère : où peut bien être Loïc à ce moment précis ? Que peut-il être en train de faire ? Pense-t-il encore à nous ? La haine traverse l’esprit de Leïla. La rancœur pénètre son esprit. La rage transperce son cœur. Révoltée, elle ignore toute pensée le reste de cette journée.

 

Jour 6 : Il est treize heures. Leïla, d’un pas décidé, prend la direction de l’habitation d’Augustin. La chaleur la frappe.  La sueur coule sur son front. Ses pas s’alourdissent. Leïla arrive devant une porte entrouverte. Elle hésite puis la pousse. Elle se retrouve devant une pièce lugubre, meublée de deux lits et d’une petite table. Les murs sont moisis, le carrelage fissuré. Il n’y a personne. L’odeur forte fait rapidement sortir Leïla. Une fois sortie, elle aperçoit un vieil homme qui la regarde étrangement. Lorsque ce dernier croise son regard, il l’évite pour rentrer soudainement chez lui. Leïla comprend qu’il a peur des robots. Une parole à leur sujet en a fait disparaître plus d’un. Le vieil homme préfère sûrement se taire par crainte d’être entendu. Tout s’éclaircit. Leïla imagine Augustin arrêté par les robots. Ces derniers n’ont sans doute pas apprécié le comportement d’Augustin lors du chargement du corps de sa mère. Leïla pense au pire : elle peut découvrir le corps d’Augustin affiché sur les grands écrans demain ou apprendre qu’il est désormais chez les Instruits pour leur servir de cobaye dans divers tests malsains. Leïla doit rentrer chez elle. Elle songe à autre chose.

 

Jour 7 : Cela ne fait qu’une heure que Leïla, son père et sa mère travaillent durement. Aujourd’hui Leïla médite sur sa famille. Elle voit son père s’essouffler de plus en plus rapidement. Elle voit sa mère de plus en plus fatiguée. Elle se sent perdre espoir. Leïla se demande combien de temps ils vont encore survivre. Elle décide d’être le plus réaliste possible : son père risque de ne pas terminer la semaine. Détruite par la disparition de Loïc, cette mort ne peut être que le coup fatal porté à sa mère. Enfin, sans ses parents Leïla ne peut survivre. Leïla prend alors conscience que sans changements rapides sa famille est destinée comme les autres à la même fin : la mort. Leïla sent ses yeux se remplir d’humidité. La rage se veut orage. Leïla baisse la tête et regarde un raz de marée déferler au sol.

 

Jour 8 : Leïla est au champ depuis trois heures. Des dizaines de gouttes de sueur perlent sur son front. Aujourd’hui est un jour plus chaud que les autres. Leïla peut à peine lever les yeux. Leïla affronte cette lumière pour détourner son regard en direction des écrans. Quel sera le nombre de morts aujourd’hui ? Quel corps sera affiché fièrement comme outil de répression ? Ses yeux se fixent. Tous noirs. Pour la première fois depuis que Leïla est née les écrans sont noirs. Leïla le signale à ses parents aussi  abasourdis qu’elle. Que doivent-ils faire ? Ils décident de se diriger vers une des allées principales.

Un brouhaha se fait entendre. Rien n’est habituel. Dans l’allée principale beaucoup se sont regroupés. Des paroles sont échangées : « Les robots ne sont pas là ce matin », « Plus rien ne marche », « Devons-nous continuer de travailler ? ». Les heures passent. Aucune sonnerie ne retentit. Aucun robot n’agit. Beaucoup décident de retourner travailler. Leïla, son père et sa mère en font partie. La peur de la sanction est plus forte. Toute la journée Leïla attend une sonnerie, un écran qui s’allume. Elle attend. Cette journée est presque comme les autres. Leïla s’endort pensive.

 

Jour 9 : Les yeux de Leïla s’ouvrent rapidement. Elle déploie ses rideaux. Elle n’a entendu aucune sonnerie. Elle rejoint son père et sa mère. Tout le monde est déjà dehors à regarder les écrans. Ils sont noirs. Tous noirs. Ils se dirigent rapidement vers l’allée principale. Tous s’y sont regroupés. Il est dit qu’aucun robot n’a été vu depuis hier. Que beaucoup souhaitent partir en direction des murs pour les franchir. Qu’il est temps de se révolter. Tous partent en direction de l’enceinte. Ils marchent. Ils se retrouvent au pied du mur. Tous hésitent. Une vague puissante de colère les pousse à continuer. Comment vont réagir les Instruits derrière ces murs ? Peu importe, la révolte est plus forte. Aucun robot. Aucune attaque. Leïla et sa famille sont les premiers à franchir la muraille. Leïla regarde partout autour d’elle, elle ne voit que des Indésirables heureux, souriants. Elle se retourne vers ses parents et voit son frère dans leurs bras.

Elle court vers eux. On lui attrape le bras. On la serre fort. Elle lève les yeux et regarde Augustin.

Elle lui demande :

«Que fais-tu ici ?

– Les Instruits sont partis depuis longtemps. Les robots continuaient de nous amener ici en pensant que les Instruits étaient toujours sur cette planète, mais ils l’ont abandonnée il y a plus d’une cinquantaine d’années. Les robots vous empêchaient de sortir et nous de rentrer. Tout fonctionnait sur batterie, jusqu’à ce qu’elle soit vide».

 

 

REMISE DES PRIX

Amphi

BRAVO à TOUS !!!

Un Prix en catégorie Post Bac attribué à :

 Arts du boisClaire LOMBARDET

pour « Larmes de fond »

Etudiante en Prépa Concours des métiers d’art (option Ebénisterie) à Moirans en Montagne. Professeur: Mr Nacache

 

 

Cinq Prix en catégorie Lycée attribués à :

 

 

Hedi HAIFI, Kévin BARTHELEMY, Clément BEAULIER, Baptiste CANTET, Théo CHATELAIN, Mortadha GHAZOUANI, Tristan LE BAIL, Vincent MACHADO, Benjamin MELI, Maxime MOUSTY, Alexandre PEIRERA DA SILVA, Guillaume PETIT, Benjamin ROSETTE et Anthony TISSERAND

Paris

Classe de 1ère Bac Professionnel Techniciens de maintenance des systèmes énergétiques et climatiques

pour « La lettre »

Lycée Adrien Paris de Besançon – Professeur: Mme Jacques-Farès

 

Marie SZCZUREK pour « Dernier regard »

Elève de 1ère L au Lycée Charles Nodier de Dole

Professeur: Mme Ersham

 

PergaudElise BERNARD, Léo BON et Justine BOURGEOT

pour « Anges en enfer »

Elèves de 2nde au Lycée Pergaud de Besançon

Professeur : Mme Mesnier

 

 

Prix LedouxCélia CHRISTE et Eloïse MALAVAUX

pour « Fermer les yeux et voyager dans les étoiles »

Elèves en 1ère ES au Lycée Ledoux de Besançon

Professeur : Mme Clavier

 

 

Prix MontbéAmélie TAILLEUR

pour « Arnoldo tu contes trop »

Elève de 2nde au lycée polyvalent de Montbéliard

Professeur : Mme Jarrige-Barbé

 

 

 

Quatre Prix en catégorie Collège attribués à :

Zoa Crévoisier

 

Zoé CREVOISIER pour « Au milieu des oiseaux »

Collège Aigremont à Roulans

 

 

 

 

lumière

 

Judith HADENGUE

pour « Vert-éclat-de-sang »

Elève de 4ème au Collège Lumière de Besançon

Professeur : Mme Chavy

 

 

 

Clairs soleilsJeanne MESLANS

pour « Pap’ »

Elève de 5ème au collège des Clairs soleils à Besançon

Professeur : Mme Cordier

 

 

 

 

Prix collectif décerné à 11 élèves de la classe de 3ème du collège Françoise Dolto à Pace (Ile et Vilaine)

pour 3 nouvelles « Etoiles errantes », « Les secrets inavouables des couleurs » et « Trash KIDS »

Professeurs : Mme Angoujard et Mme Collet

 

 

Le programme des Rencontres Plumes Rebelles

Entrée libreTélécharger le Flyer Plumes Rebelles flyer

Télécharger le communiqué de presse Communiqué Rencontres Plumes Rebelles 2017

 Vendredi 10 février / Faculté des lettres, amphithéâtre Donzelot

 14 h / Remise des prix du concours de nouvelles et lectures en présence de Camille BLANC, actuelle Présidente d’Amnesty International France et de Geneviève GARRIGOS, ancienne Présidente d’Amnesty International France

Lors de cette remise des prix, les textes récompensés seront lus par des comédiens de la compagnie Coloquinte. Les meilleures nouvelles seront éditées par les soins d’Amnesty International.

 19h30 / Conférence-débat « du Droit d’asile et rejet des exilés » :

La question de l’asile et le respect dû aux demandeurs d’asile se pose avec de plus en plus d’acuité aujourd’hui. Au-delà de la législation, la question de l’accueil des demandeurs est primordiale, pour qui le respect des droits humains est une valeur intangible.

 

Samedi 11 février à partir de 10h / Kursaal, salle Proudhon

 Journée Bande dessinée et droits humains

Ce samedi sera essentiellement consacré à des rencontres avec des professionnels de la bande dessinée, qu’ils soient éditeurs, auteurs, dessinateurs ou scénaristes. Une table ronde leur sera consacrée pour discuter avec eux de l’angle sous lequel ils les ont abordés et le retour qu’ils en ont eu. Une séance de dédicace suivra dans l’après-midi.

12h / Ouverture des rencontres par Camille Blanc, présidente d’Amnesty International France. Lecture, par les comédiens de la compagnie Coloquinte, d’une ou deux nouvelles primées

 17 h / Table ronde « Les murs frontières, refus du droit à circuler librement« 

Les murs frontières, « symboles de clivage et de séparation », se multiplient aujourd’hui. 40000 Km de murs, la circonférence de la terre !

 Dimanche 12 février / Kursaal/ Kursaal, salle Proudhon

 10h30 / Table ronde « La peine de mort est une peine capitale et irréversible, une vengeance stérile et destructrice ».

Il y a 20 ans, 39 pays procédaient à des exécutions ; ils sont aujourd’hui 25, mais les exécutions sont en augmentation…

14h / Table ronde « Le travail des enfants, tous responsables !« 

Près de 160 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillent dans le monde, dont 85 millions effectuent des travaux dangereux qui mettent en péril leur santé, leur sécurité et leur développement.

 

 

 

Concours de nouvelles : les statistiques

Ce 3ème concours d’écriture de nouvelles a eu un grand succès avec la participation

– de 13 collèges, 16 professeurs, 320 collégiens qui ont écrit 130 nouvelles

– de 20 lycées, 22 professeurs, 273 lycéens qui ont écrit 142 nouvelles

– 2 établissements d’enseignement supérieur et de l’Université de Franche-Comté,  37 étudiants qui ont écrit 23 nouvelles.

Merci à tous pour le travail fourni et le temps consacré à ces écritures.

 

Les quatre thèmes ont globalement été choisis de manière égale avec une petite prédominance pour le thème sur le droit d’asile surtout en collège (34%) alors que les thèmes sur le travail des enfants et sur la peine de mort ont eu la préférence chez les lycéens (33 et 32%) et le thème sur les murs frontières chez les étudiants (33%).

 

Le recueil de nouvelles est en préparation, il sera édité courant avril.

« Bande dessinée et droits humains »

 Samedi 11 février Salle Proudhon, de 10h à 16h.

La rencontre avec des auteurs de bandes dessinées : Clément Baloup, Hervé Baruléa, « Baru » , Mathieu Berthod et Jérome Ruillier

BD Table ronde

 

baloup-copyright-a-chosson

Clément Baloup grandit entre la Corse, Tahiti, Cannes, et la Guyane. Il en garde un goût prononcé pour le voyage et une curiosité pour toutes les cultures. Après des études d’Arts Appliqués à Marseille, puis les Beaux Arts à Angoulême et à Hanoi (Vietnam), Clément Baloup publie sa première BD en 2004 : « Un automne à Hanoi » une exploration de la capitale du Vietnam entre reportage et journal de bord.                            (Photo : Copyright A. Chosson)

Sa sensibilité métissée l’a amené à travailler sur des projets de Paris à New York en passant par Taipei ou Singapour.

Aujourd’hui, c’est pour le magazine XXI, ou pour le magazine italien l’Internazionale, que Clément Baloup continue son travail de retranscription du réel, tout en continuant sa série «Mémoires de Viet Kieu » qui explore les destins de vietnamiens pris dans la tourmente de l’exil.

 

baru

Hervé Barulea, « Baru », enseigne à l’École supérieure d’art de Lorraine. Il débute en 1982 dans Pilote avec des récits complets. En 1985, il obtient l’Alfred du meilleur premier album en langue française au festival d’Angoulême. Plus de dix ans plus tard, il est à nouveau récompensé au Festival d’Angoulême 1996 avec l’Alph-Art du meilleur album pour L’Autoroute du soleil. En 2006, il obtient le « Grand Boum », Prix du festival de bande dessinée de Blois, pour l’ensemble de son œuvre. Le 31 janvier 2010, il reçoit le Grand prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre. Le thème le plus récurrent de son œuvre est la classe ouvrière, et plus particulièrement celle de l’est de la France et des immigrés italiens

 

matthieu-berthodMatthieu Berthod, né en Suisse, dans le Valais. Formé à l’illustration à l’Ecole des Arts décoratifs de Genève et au design graphique à la « Schule für Gestaltung » de Berne, il partage son temps entre graphisme et dessin, tant en Suisse qu’à l’étranger. Il publie entre autres : L’Homme perdu dans le brouillard d’après Ramuz, en 2011 et Cette beauté qui s’en va,
en 2014, aux éditions Les Impressions nouvelles, Quand le Pôle perd le Nord (avec M. Decrey et S. Cohen) aux Editions Slatkine en 2012, Adivasis Meurtris avec Eddy Simon à La Boite à Bulles en 2016 et Après les vagues – autour de Fukushima aux éditions Notari en 2016.

Jérôme Ruillier est auteur-illustrateur.Il a publié plusieurs albums remarqués pour la simplicité de son trait.Depuis Homme de couleur jusqu’à Ici c’est chez moi, Jérôme Ruillier parle avec délicatesse de frontières à effacer et de tolérance. Il est l’auteur d’album jeunesse, mais également de « les Mohammed, album d’immigrés » aux éditions Sarbacane, et de l’Etrange, chez l’Agrume,

 

 

Envoi des nouvelles

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Remplissez l’entête et collez votre nouvelle précédée de son titre en dessous du trait pointillé (ne pas mettre votre nom à la fin du texte)

Enregistrez votre nouvelle en lui donnant comme nom le titre de votre nouvelle et envoyez la par mail à conatct@plumesrebelles.fr

Attention la date limite est fixée au 6 janvier 2017 et votre texte ne doit pas comporter plus de 8000 signes espaces non compris (à vérifier avec les outils Statistiques des logiciels)

Bon travail, nous avons hâte de vous lire !

 

Mon secret de famille

Mon secret de famille

Thème : « Les enfances en danger »

Un soir d’été 1985, par une nuit à peine étoilée, les vingt-et-un coups du clocher de Casablanca, au Maroc, retentirent dans toute la ville, non loin de l’orphelinat pour filles LallaHasnaâ. C’était un bâtiment dont l’apparence extérieure était chaleureuse, alors que l’intérieur était aussi dur et froid qu’une roche. On y entendait à peine le rire des jeunes filles. Dans la chambre numéro 9, dormaient deux sœurs jumelles de 10 ans, au teint pain d’épice, qui se nommaient Zaya et Zara, et leur amie, Euréla, une petite fille de 10 ans aussi, qui avait été admise quatre ans auparavant. Elle avait les cheveux noirs comme l’ébène, les yeux verts pétillant comme l’émeraude et un sourire d’ange.

« Vous dormez ? demanda Zaya.

– Non, répondirent les deux jeunes filles.

– Bien, si personne ne dort, si on se racontait des histoires ? proposa Euréla.

– Oui! s’exclama Zara. Et comme c’est toi qui as eu cette idée, c’est toi qui racontes !

– Non, je n’en connais pas…

-Allez Euréla ! Fais un effort, tu dois bien en connaître une !

– Bon d’accord… Cela s’est passé il y a quelques années dans ce même orphelinat. C’était une jeune fille de six ans à l’histoire tragique qui s’appelait Nahia. Elle avait perdu ses parents et sa petite sœur le 22 décembre 1973 lors d’un terrible accident de voiture alors que la famille voyageait pour les fêtes. Le père, fatigué de la route, perdit le contrôle de la voiture puis tomba dans l’Océan Atlantique. Les autorités marocaines prirent en charge la petite et la placèrent dans l’orphelinat le plus proche, qui se trouvait être l’orphelinat LallaHasnaâ.

Elle se faisait très souvent convoquer dans le bureau de la directrice, madame Habiba, où les couples se succédaient mais à chaque fois, ceux-ci disaient que Nahia était trop petite, ou trop grande. Ce bureau lui faisait peur car elle s’y sentait oppressée et dévisagée du haut de ses douze ans et demi par les couples qui venaient la voir. Elle était brune aux grands yeux marron avec une pointe de vert et contrairement à ses amies, avait le teint clair. Mais un jour, elle fut encore une fois convoquée dans cette pièce ornée de rouge avec son gros bureau et sa chaise imposante. Un couple se dressa devant elle. L’homme et la femme avaient un style vestimentaire très simple : ils portaient de vieux jeans et des chemises à carreaux. La directrice lui apprit que ces personnes venaient officiellement de l’adopter. Surprise, Nahia se retourna vers eux et marmonna : « Merci ». Madame Habiba lui précisa qu’elle avait une semaine pour faire ses bagages et dire au revoir à ses amies. Les jours passèrent et le couple que Nahia avait rencontré auparavant revint la chercher. Ses amies l’accompagnèrent jusqu’à l’entrée principale. Nahia se tourna vers ses amies et toutes se mirent à pleurer. Elles lui souhaitèrent beaucoup de bonheur dans sa nouvelle famille. Nahia leur promit qu’elles aussi auraient une famille qui les aimerait. Une des filles répondit alors : « Nous sommes déjà une famille ». Sur ces paroles Nahia sécha ses larmes et embrassa une dernière fois ses amies puis monta dans la petite voiture de ses nouveaux parents. La femme se retourna et lui demanda :

« Tu es triste ? »

Elle avait pris un air très rassurant et avait légèrement incliné sa tête.

« Mes amies vont beaucoup me manquer… »

Deux mois passèrent. Nahia commençait à s’habituer à sa nouvelle vie. Plus tard, alors qu’elle rentrait des courses, elle fit la rencontre d’un ami de ses parents, Abid, un homme de 37 ans qui n’arrêtait pas de la flatter. Son père lui dit : « Je t’annonce, ma fille, que tu vas épouser mon ami Abid ». Choquée la jeune adolescente ne parla plus. Une fois qu’elle fut dans son lit, comme tous les soirs, sa mère vint la border. Nahia en profita pour lui demander :

« Pourquoi me faire ça ?

– Tu sais ma chérie je suis désolée mais nous n’avons plus un sou et cet homme nous payera si tu l’épouses.

– Mais je ne veux pas l’épouser. Il est trop vieux ! Vous n’allez pas me marier de force ? »

Sa mère continua à la border et répondit : « On en reparlera, dors maintenant. Je t’aime ma chérie. »

Les jours passèrent sans aucun signe de l’homme de l’autre soir. Un jour, la mère appela Nahia pour goûter. La femme avait l’air abattue. Puis, cinq minutes après avoir mangé, Nahia se sentit faible et tomba. La dernière chose qu’elle dit fut : « Maman ». Elle se réveilla dans un sombre endroit humide et froid comme la glace. Tout à coup, elle reconnut la voix d’un homme, celle d’Abid. Elle comprit que celui-ci l’avait emmenée avec la complicité de ses parents.

Des mois s’écoulèrent. Nahia était mariée à Abid et devint mère d’une petite fille. Elle resta plus de cinq ans et demi à attendre que sa fille grandisse et qu’elle puisse trouver une façon de s’échapper de la maison de cet homme. Alors qu’elle venait d’avoir 18 ans elle décida de prendre sa fille et de s’enfuir loin de cet homme qu’elle méprisait. Elle avait tout prévu, l’hôtel, la voiture. Mais l’homme la retrouva quelques rues plus loin et l’égorgea devant les yeux de leur petite qui avait alors six ans. La petite fut placée dans le même orphelinat que sa mère, alors que son père purgeait sa peine en prison.

« Tu as beaucoup d’imagination. dit une des filles.

– Mais non c’est une histoire vraie ! »

Les deux jeunes filles se mirent à rire et dirent :

« Oui et d’ailleurs, si elle est vraie, comment tu la connais ?

– Parce que c’est l’histoire de la femme que j’admirerai toute ma vie; celle de ma mère. »

Il était une fois Lila

Il était une fois Lila…

Thème : « Les enfances en danger »

Il était une fois… non, non et non, on ne va pas commencer cette histoire par la phrase typique des histoires qui se terminent bien car cette histoire, justement, ne se termine pas bien !

Je m’appelle Lola, j’ai 17 ans. Je vis avec mes parents dans un petit appartement en ville. Mes passions : les films et les livres. Aujourd’hui je ne serai pas la lectrice mais l’auteur, le narrateur, le témoin. Je ne vais pas vous raconter une belle histoire qui se termine bien. Non, cette histoire n’a rien d’extraordinaire : ni super-héros ni marraine la bonne fée. Juste deux amies…

Elle s’appelait Lila. Nous nous sommes rencontrées en seconde. Ce qui nous a amusées au début c’était la similitude de nos deux prénoms. Après, nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup de points communs : notre passion pour les maths ou notre souhait de devenir infirmières plus tard et d’aller travailler là-bas, à des centaines de kilomètres de la France, en Afrique. Notre rêve à toutes les deux : sauver des enfants vivant dans la misère et guérir des personnes n’ayant pas les moyens de se payer des médicaments.

Nous étions les meilleures amies du monde et rien ni personne ne pouvait nous séparer. Les seuls moments où nous nous séparions étaient les samedis matin pour rentrer chez nous, mais nous nous retrouvions le dimanche soir ! Même à l’internat nous étions inséparables : nous dormions ensemble ! Et lorsque venaient les vacances, nous nous écrivions pour garder des nouvelles de l’autre.

Mais aux vacances de Noël, en 1ère, elle ne m’a pas écrit. Elle n’a pas non plus répondu à mon appel, je n’ai eu que sa belle-mère, une femme superficielle qui ne s’inquiète que de sa petite personne et qui aime autant les vêtements que moi les livres ! Elle m’a dit que Lila n’était pas disposée à me répondre, qu’elle avait autre chose à faire que de me parler. Je ne vous cache pas que j’ai été affreusement vexée ! À la rentrée, j’ai retrouvé une Lila complètement changée : elle ne parlait plus, ne mangeait plus, ne souriait plus, ne lisait plus et ne dormait même plus avec moi ! Au début je me suis dit qu’elle avait eu une aventure avec un garçon mais au fur et à mesure des semaines j’ai bien vu que c’était plus que ça… Un jour elle m’a dit que sa belle-mère était partie et qu’elle la regrettait ! Je n’arrivais pas à y croire ! Elle qui ne souhaitait que son départ ! Quel choc ! Je lui ai demandé ce qu’elle voulait entendre par là et elle m’a répondu mot pour mot : « Qu’est-ce que tu ne comprends pas quand je dis que je regrette qu’Isabelle (sa belle-mère) soit partie ? » puis elle a tourné les talons. Je suis restée scotchée sur place. Mais qu’est-ce qu’il lui prenait ? Elle était folle ou quoi ? J’en suis restée bouche bée. Puis je suis allée à l’infirmerie jusqu’au soir, je n’y ai fait que dormir et pleurer…

Mais pendant les vacances de février j’ai reçu une lettre. C’était sa belle-mère (enfin son ex-belle-mère). Elle me demandait de ne pas délaisser Lila, qu’elle avait besoin de moi. Au dos de la feuille était griffonné un numéro de téléphone. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire alors je lui ai téléphoné. Elle a répondu à la troisième sonnerie.

« Bonjour je suis Lola, l’amie de Lila.

-Bonjour Lola. Je me doutais que tu allais m’appeler… qu’est-ce que tu veux ?

-Je voudrais savoir ce que vous vouliez dire en me disant que Lila avait besoin de moi ?

– Je… hum… En fait je me suis séparée de son père car il devenait violent. Mais quand je tentais de prendre la défense de Lila il me frappait ! J’en ai eu assez et je suis partie. Je sais que j’aurais dû prévenir la police mais je n’avais pas le courage de le faire. Je craignais d’éventuelles représailles… Est-ce que tu veux bien faire attention à elle ? Si tu ne le fais pas pour moi… non, puisque tu ne le fais pas pour moi, fais le pour elle.

– Mais pourquoi ne m’avez-vous rien dit quand je vous ai téléphoné pendant les vacances de Noël ?

-Parce que ce n’était pas aussi grave… Je dois te laisser. Prends bien soin de Lila, je compte sur toi ! Contrairement à ce qu’elle pensait, je l’aimais bien…

-Mais…

-Bip…bip »

Je croyais rêver ! Lila se faisait frapper ? Par son père ? Et pour que sa belle-mère s’en inquiète, ce devait être grave, vraiment grave ! J’ai téléphoné chez Lila tous les jours mais je tombais toujours sur le répondeur. Je n’osais pas laisser de messages alors j’attendais, mais elle ne rappelait pas…

À la rentrée, en mars, elle ne vint pas en cours. Elle ne fut pas là non plus la deuxième semaine. Je commençais à m’inquiéter à tel point que je ne mangeais plus. Je m’évanouis même en cours… mais Lila ne revenait toujours pas… au bout de trois semaines, je me suis demandé si j’allais la revoir un jour. Je priais tous les soirs alors que Dieu, franchement je n’y crois pas des masses ! Mais mon vœu fut exaucé et elle revint ! Enfin… elle avait tellement changé ! Elle était tellement maigre que je me suis demandé s’il était possible de maigrir des os ! Elle dormait en cours mais les profs ne la réveillaient pas tant elle faisait pitié !

Un jour où elle passait devant moi je la tirai par la manche. Elle voulut résister mais n’en eut pas la force !

« -Écoute Lila je sais ce qu’il t’arrive, ta belle-mère m’a dit pour ton père… Je peux t’aider ! Tu ne dois pas rester seule ! On peut appeler la police ! Tu peux venir chez moi ce week-end si tu veux. Je trouverai bien une excuse pour mes parents…

-Non ! Tu ne peux pas comprendre ! Tu ne sais pas ce que j’endure ! Si je faisais quoi que ce soit, il le saurait ! »

Je ne réagis pas quand elle partit. Pas plus que je ne réagis tout court…

Ce matin le Directeur est venu dans notre classe. Il semblait chamboulé. Il nous a demandé de nous asseoir. J’avais peur de savoir ce qu’il allait dire. Et ma peur se transforma en cauchemar. Il commença à nous parler avec une voix atrocement douce et compatissante !

« Je suppose que vous aviez tous remarqué le changement chez votre camarade Lila. Elle avait beaucoup changé, tant physiquement que moralement. Vous vous doutiez certainement que quelque chose n’allait pas. Nous avons appris qu’elle était battue et violée par son père. Nous avons tenté de faire quelque chose mais elle niait les faits et actes de son père. Ce matin son père a téléphoné à la police pour leur demander d’envoyer les urgences puis s’est suicidé. Votre amie est décédée dans l’ambulance suite aux coups…Qui est Lola ? »

Je levai la main et le Proviseur me tendit une enveloppe. J’éclatai en sanglots et sortis en trombe de la salle.

Voici ce que disait la lettre :

« Chère Lola,

Voici la dernière lettre que je t’écrirai. Cela dure maintenant depuis 3 mois et je n’en peux plus ! J’espère que mon calvaire va bientôt se terminer ! Je suis désolée de ne plus te parler mais je ne veux pas te mêler à ça… J’espère que tu ne m’en voudras pas trop et que tu pourras passer à autre chose…

Je te considérais comme ma sœur, mon pilier, ma béquille. Les deux années passées avec toi furent les plus belles de ma vie ! Pour que tu comprennes je te donne le seul objet qui ait jamais compté pour moi : mon journal. Je ne te l’ai pas assez dit mais je t’aime. Vraiment. Tu es la seule amie que j’aie jamais eue…

Au revoir,

ton amie

Lila ♥

PS : pardonne-moi, s’il te plaît… »

Je sortis de l’enveloppe une petite clef. Elle n’avait pas besoin de me dire où se trouvait son journal, je le savais… Je courus à l’internat et soulevai son oreiller. Je serrai le cahier contre mon cœur et éclatai en sanglots.

Ce jour-là je ne perdis pas seulement une amie, mais aussi une confidente, une sœur… je perdis également mon innocence.

Je pris une décision. Je ne deviendrais pas infirmière, je n’irais pas en Afrique. Je resterais en France et deviendrais psychologue afin que de tels drames ne se reproduisent pas.

Pourquoi aller au bout du monde ?

 

 

 

 

 

 

 

Si j’étais libre

Si j’étais libre

Thème : « Les Roms »

 

26 août 1941

Cher journal,

Cela fait maintenant plus d’un an que nous n’avons plus le droit de voyager et que nous sommes en permanence surveillés par la police. Ici, au camp, je passe la plupart de mes journées avec Dereck. Je l’aime tu sais. J’adore regarder ses grands yeux noirs quand il caresse mes cheveux blonds. D’ailleurs, il paraît que je suis la seule tsigane blonde. Je n’ai jamais vraiment vu mes yeux car le seul miroir dans ma roulotte est fendu et un peu sale. Mon père m’a toujours dit qu’ils étaient aussi bleus et aussi beaux que le ciel. Max, mon petit frère, vient d’avoir sept ans. On a fêté son anniversaire une nuit autour du feu. Dereck jouait de la guitare pendant que je chantais des chants traditionnels gitans. Tous les autres dansaient autour des flammes. La fête n’a pas duré longtemps. Au bout de deux heures la police est venue. Lana, ma meilleure amie, a emmené mon frère dans sa roulotte. Elle lui a joué « joyeux anniversaire » sur son accordéon et il s’est endormi.

 

10 octobre 1941

Cher Journal,

Ça fait un mois que je n’ai rien écrit. Mais qu’est-ce que je pouvais dire ? Chaque jour  ressemblait aux autres. On ne pouvait pas sortir sans montrer nos carnets anthropométriques. Certains d’entre nous étaient utilisés pour travailler dans la forêt et ils n’étaient jamais payés. Les policiers nous menaçaient de toutes les façons possibles. J’en ai même entendu un dire qu’il faudrait nous stériliser ! Comme tu l’as sans doute remarqué, j’ai écrit au passé. Tout cela est terminé. C’est encore pire maintenant. Il y a à peine trois heures, Dereck et moi étions sur la banquette de notre roulotte lorsqu’un coup de feu retentit. Tous les deux, nous nous sommes précipités dehors. La police était là. Ils brûlaient nos caravanes et forçaient les gitans à s’entasser dans des camions. J’ai pris la main de Dereck et nous avons couru ensemble chercher Max. Je ne pensais qu’à fuir loin d’ici.

 

 

11 octobre 1941

Cher Journal,

Tu es la seule chose que j’ai réussi à récupérer avant que ma roulotte ne brûle. La police a emmené mon père et Lana. Max, lui, est avec moi en ce moment et Dereck aussi. Je ne t’ai pas raconté tout ce qui s’est passé hier. Je crois qu’avant de l’écrire, j’attendais d’avoir les idées plus claires. Alors voilà : Dereck et moi, nous courions pour aller chercher Max. Un policier nous suivait, armé d’un fusil. Il nous visait mais un  homme a pris le fusil et l’a changé de direction. On entendit un coup de feu. L’homme à qui je devais la vie tomba. J’eus le temps d’apercevoir dans ses yeux une brève lueur. Non, pas une lueur, plutôt un sentiment. Le sentiment d’être libre, libre de quitter ce monde dans lequel il n’a jamais été accepté pour ce qu’il était vraiment.

Un gitan. Une fois Max récupéré, nous sommes allés jusqu’à la rivière pour avoir de l’eau et dormir. Dereck m’a promis que le lendemain nous irions en ville essayer de comprendre ce qui s’est passé.

 

12 octobre 1941

Cher journal,

Nous sommes partis tôt ce matin et nous avons laissé Max dans une petite grotte. Nous reviendrons le chercher quand nous aurons trouvé où dormir. La ville était déserte hormis quelques gendarmes qui sillonnaient la ville à  la recherche de tsiganes. Il y avait aussi une vieille dame qui marchait avec une canne. Comme Dereck a vu que je m’avançais  vers elle, il m’a retenue par le bras et m’a dit : « Arrête, elle va nous dénoncer. » Je lui ai répondu qu’à choisir entre des policiers armés de révolvers et une mamie avec une canne, je choisissais sans hésiter la grand-mère. Une fois arrivé devant elle, Dereck a ouvert la bouche pour entamer la conversation mais avant qu’il puisse dire quoi que ce soit, elle nous a fait signe de nous taire et de la suivre, nous a  tourné le dos et s’est en allée. J’ai tiré Dereck par la manche et nous l’avons suivie jusqu’à un quartier abandonné où il n’y avait aucun policier.

«  Ici on peut parler, nous dit elle, je sais qui vous êtes et ce qui est arrivé aux autres tsiganes. Sachez que je suis contre tout ça et que je peux vous aider.

– Où sont-ils ? s’est exclamé Dereck-

– Je m’appelle Meredith, vous pouvez venir quelques jours chez moi, continua-elle en sortant un stylo pour écrire son adresse sur ma main. Je n’ai pas beaucoup d’informations sur ce qui est fait aux tsiganes mais mon neveu est en ce moment en train de chercher où la police les détient. On dit qu’ils emmènent les nomades vers l’est, peut être en Allemagne. Il paraît qu’ils les enferment dans des camps. Certains disent qu’ils se font tuer, comme les juifs et les infirmes. »

Le silence se fit. Je me suis écroulée par terre. Dereck lui ne bougeait plus, son visage était livide. Lentement, je me suis  levée. Mon visage était recouvert de larmes. Mais pas de tristesse, de rage. J’ai serré les poings et dit à Meredith que nous la rejoindrions chez elle. Il fallait d’abord que nous allions chercher Max.

«  Ils sont à Vénissieux. » C’étaient les paroles de Max. Il avait entendu deux policiers en parler et il  s’était caché pour les écouter. Une fois arrivés devant la maison de Meredith, nous n’en crûmes pas nos yeux. L’endroit était immense. La maison devait dater du 18ème siècle et il y avait tellement de fenêtres que je n’arrivais pas à les compter. Le jardin était magnifique avec tous ces arbres aux feuilles rougeoyantes de l’automne. Au milieu, il y avait une fontaine où l’eau coulait en cascade le long de plusieurs étages. Meredith nous fit entrer et nous envoya nous laver et nous changer.

 

14 octobre 1941

Cher journal,

Quand je me suis réveillée, Dereck était déjà levé. Meredith m’a dit la veille de prendre la robe que je voulais dans l’armoire de sa petite fille qui a dix-sept ans tout comme moi et qui fait à peu près la même taille. J’ai choisi une robe noire qui descend un peu en-dessous des genoux avec les épaules et les manches en dentelles.

Meredith nous a expliqué que Vénissieux était un camp de rassemblement pour les tsiganes avant qu’on les déporte en Allemagne. C’est son neveu qui a découvert ça. Il s’appelle Pierre. Demain, il va nous aider à libérer mon père et Lana.

J’ai l’impression qu’aujourd’hui est un jour hors du temps. Comme une pause que quelqu’un là-haut nous accorderait. Peut-être que Dieu a eu pitié de nous. J’ai décidé de profiter de cette journée. De redevenir une enfant insouciante et de tout oublier. Rien qu’un jour. Je ris pour un rien, je cours dans l’immense  jardin, et je souris. Debout dans l’herbe avec Dereck, main dans la main sous la pluie, je commence à chanter, les cheveux dégoulinant d’eau de pluie, ce qui pour moi est comme une ode à la liberté:

«  Sous le bourdonnement des cordes au son de la guitare

Brûle la vie en vain nous vivons

Je quitte le campement tsigane

Suffit pour moi la folle liberté

Ce qui m’attend dans ma vie nouvelle je ne le sais

Mais du passé il n’y a rien à regretter »

 

 

15 octobre 1941

Cher journal,

Pierre nous a réveillés peu après minuit. Il nous a expliqué qu’il avait réuni une dizaine de personnes pour nous aider à délivrer quelques tziganes. J’aimerais tellement pouvoir tous les aider mais c’est impossible. Hier, je lui ai passé une photo de Lana et de mon père que j’avais collée dans mon journal et il a envoyé deux de ses hommes repérer où ils étaient retenus. Ensuite, il est allé couper le barbelé derrière leur dortoir et leur a glissé un mot sous la porte pour leur expliquer son plan. Pierre avait repéré chaque policier censé garder le camp. Il y en avait trois près de leur dortoir. Ses hommes étaient chargés de s’en « débarrasser » pendant que nous  faisions sortir tout le monde du dortoir. J’avais envie de serrer mon père et ma meilleure amie dans mes bras mais nous n’avions pas de temps pour ça. Max, avec l’aide d’un ami de Pierre, a guidé le groupe dans un camion qui devait nous ramener chez Meredith à la nuit tombée. Nous n’attendions plus que ceux qui devaient nous débarrasser des gardes. Au bout de quelques minutes deux d’entre eux arrivèrent. La peur se lisait sur leur visage. Ils nous racontèrent que le  dernier avait échoué et  était maintenant prisonnier des nazis. D’après eux, il allait être torturé jusqu’à ce qu’il nous dénonce. Il fallait faire vite. Pendant le trajet, j’ai vu à quel point tous ces gens étaient maigres et pâles. Lorsque nous sommes arrivés chez Meredith il devait être quatre heures du matin. Nous leur avons donné à manger et nous leur avons trouvé une chambre. Demain, nous les ferons passer en Suisse. D’après Pierre, la police ne mettra pas longtemps à nous retrouver. J’ai passé le reste de la nuit à m’occuper de mon père et de Lana avec Dereck. Max s’est endormi dans les bras notre père.

 

16 octobre 1941

Cher journal,

Je me suis levée avec la sensation que quelque chose de terrible allait arriver. J’espère que je me trompe. Je pense à ma mère, morte peu après la naissance de Max, et j’essaye de me rappeler les chansons qu’elle me chantait pour m’endormir. Ça m’aide à penser à autre chose. Il est sept heures. Dans moins d’une demi-heure tout le monde sera levé et nous partirons pour la Suisse. D’ailleurs quelqu’un descend les escaliers. C’est Dereck. S’il lui arrivait quoi que ce soit aujourd’hui, je ne pourrais pas le supporter. Je crois qu’il a deviné mes peurs car il m’a serrée dans ses bras et m’a embrassée sur le front d’un geste protecteur. La maison se réveille petit à petit. Dereck conduit les évadés du camp à l’arrière du camion. Pierre monte à l’avant avec deux de ses hommes tandis que Dereck, Max et moi  restons à l’arrière. J’ai pris mon journal avec moi. Le camion a démarré et j’ai regardé le paysage défiler par la fenêtre. A présent, ça fait bientôt deux heures que nous roulons. Il y a une voiture qui nous suit depuis un moment. Je le dis à Pierre et il a accéléré mais un camion est plus lent et plus dur à conduire qu’une voiture. J’ai peur. Je voudrais que ma mère soit là. Qu’elle me dise quoi faire, qu’elle me chante encore les paroles de la chanson comme quand j’étais petite.

« Ce qui m’attend dans ma vie nouvelle je ne le sais

Mais du passé il n’y a rien à regretter »

 

21 mars 1946

Malia, comme tu me l’as demandé,  je vais écrire la fin de cette histoire. De notre histoire.  Oui, c’est Dereck qui écrit. Il m’a fallu cinq ans pour réussir à écrire dans ton journal mais  je me souviens de tous les détails. Je vais reprendre là où tu t’es arrêtée. La voiture se rapprochait dangereusement. L’homme assis à la place du passager a passé son revolver par la fenêtre et il a tiré. Sur le moment, j’ai été rassuré de voir que tous les tirs avaient manqué leur cible. Puis, nous sommes arrivés à la frontière Suisse. Je me suis retourné, la voiture avait disparu. J’appris plus tard que des résistants l’avaient empêchée de continuer. Quand Pierre s’est arrêté, tu t’es précipitée aux portes du camion pour faire sortir tout le monde. Il avait tout organisé. Il avait payé un passeur Suisse pour faire passer les gitans, nous y compris. Mes yeux se reposèrent sur toi Malia. Je croyais que tous les tirs avaient manqué leur cible mais c’était faux. L’un d’eux avait réussi à t’atteindre. Ta robe noire était maculée de sang. J’ai couru vers toi.  Je t’ai assise dans l’herbe et je t’ai serrée contre moi. Ta blessure était mortelle. Oh Malia pourquoi n’as-tu rien dit quand cette balle a traversé ton ventre ? « Dereck, ne pleure pas. Tu ne dois pas être triste. Nous avons réussi. » Tu as regardé tour à tour toutes les personnes autour de toi. Chaque regard montrait tout l’amour que tu leur portais. « Je t’aime et même la mort ne changera jamais ça. Nous nous retrouverons, Dereck, dans très longtemps  j’espère. Je serai patiente. » Ce furent tes derniers mots. Tu avais de plus en plus de mal à respirer, l’étincelle de tes yeux s’éteignait lentement. Alors  je t’ai embrassée. Tu as glissé ton journal dans ma main. J’ai compris que tu voulais que j’écrive la fin. Pas seulement de ta vie mais aussi de la mienne.  Ta main dans mes cheveux est tombée au sol et tes beaux yeux bleus se sont fermés à jamais. Tu es morte dans mes bras, aux portes de la liberté. Es-tu libre, maintenant, là où tu es ? Tu étais l’espoir même. Ton journal, quand  j’écris dedans, c’est à toi que  j’écris et  j’ai l’impression de revoir ton sourire à travers les lignes.

Je t’aime.